Adresse :
Parc Josaphat Schaerbeek
Coordonnées GPS :
4.390317 , 50.86032
Inventaire scientifique :

Carte d'identité

Nom en latin :
Populus x canadensis
Nom en français :
Peuplier du Canada
Nom en néerlandais :
Canadese populier
Nom en anglais :
Hybrid black poplar
Famille :
Salicaceae
Hauteur :
40 m
Hauteur visée :
Cette espèce peut atteindre jusqu’à 45 m
Diamètre de la couronne :
18 m
Circonférence du tronc :
527 cm
Circonférence espérée :
Longévité espérée :
Peut vivre entre 80 et 120 ans
Origine / Indigène :
Nord Ouest de l’Europe et Espagne
Sol préféré :
Humides, frais, riches, meubles
Climat préféré :
Tempéré frais

Utilité et services de l'arbre

Embellit le paysage :
+++ caractéristique des lieux humides
Enrichit la biodiversité :
+++ arbre vétéran qui accueille des plantes, lichens, champignons, insectes et nids d’oiseaux
Fournit de l'oxygène :
+++ journées d’été, grande surface en feuilles
Purifie l'air :
+++ idem
Filtre l'eau :
+++ espèce absorbant et transpirant beaucoup d’eau, adaptation aux lieux humides
Évite les inondations :
+++ espèce absorbant et transpirant beaucoup d’eau, adaptation aux lieux humides
Stocke le carbone :
+++ croissance rapide mais bois vite dégradé
Adoucit le climat :
+++ ombre et fraîcheur de l’air
Limite l'érosion du sol :
+++ racines traçantes
Fait du bien, guérit :
+++ bourgeons, écorce, bois
Collection de l'Etat fédéral belge en prêt permanent au Jardin botanique de Meise : Michaux, Histoire des arbres forestiers de l'Amérique septentrionale, vol. 1, 1810

Traits et caractères de l'individu

Cet individu est le plus vieux et le plus grand peuplier de la Région. Ce vétéran est un des témoins de l’évolution du Parc Josaphat. Il penche, perd parfois une branche, et lutte contre un champignon (polypore) . Mais il reste un des plus vieux habitants du parc. >>> Grand portrait sous les photos ! >>>

# Un couple de résistants

Avec ses 527 cm de tour et 40 m de haut, cet individu est le plus vieux et le plus grand peuplier du Canada de la Région. Il est un des témoins de l’évolution du Parc Josaphat. Cet arbre penche un peu comme la Tour de Pise. Il perd parfois une branche. Et il est attaqué par un champignon Mais il est solidement ancré dans le sol et se bat vigoureusement : il a encore quelques belles années devant lui.

Un individu qui s’accroche

Les peupliers du Canada ont beaucoup été plantés en Belgique à la fin du 18ème siècle. Vu la taille de ce géant, on pourrait croire qu’il poussait là bien avant la création du Parc Josaphat en 1905. En réalité, ce peuplier vétéran de la Région n’a pas plus de 80 ans. Il a été planté dans les années 40-50 dans la partie basse du parc, au bord de l’un des trois étangs. Il n’a cessé de voir le parc s’embellir. Il a connu plusieurs phases de restauration, a vu naître la basse-cour et la plaine de jeux autour de lui.

S’il a si bien poussé, c’est qu’il a trouvé l’environnement idéal pour un arbre de son espèce : un sol de fond de vallée, profond et riche, humide parfois même inondé, un étang où ses racines pompent l’eau, et une exposition en pleine lumière. Ainsi, il a pu développer une silhouette typique de peuplier du Canada. Sa cime est large, bien étalée. Ses branches charpentières sont haut placées, à 8 m au-dessus du sol. Elles surplombent le marronnier voisin.

Cela fait un moment que cet individu est sous surveillance. Car il présente quelques défauts graves. Il est donc suivi de près par la Région et par la commune de Schaerbeek. On le soumet régulièrement à des tests mécaniques et à des tomographies (une sorte d’échographie). Tant qu’il n’est pas dangereux pour les promeneurs, il ne sera pas abattu.

En attendant, cet arbre bosse dur. Dans sa couronne, il forme de gros bourrelets pour recouvrir ses blessures. Il tente d’isoler le champignon (polypore) qui l’attaque. Et puis, pour compenser son inclinaison, il fabrique de puissants contreforts. Ce bois de tension, qui pousse à partir des racines, fait penser à la base des tours de châteaux forts. C’est la solution que le peuplier met en place pour rester stable. Il lutte efficacement contre la gravité.

Un périmètre de protection a été créé autour de lui : protection des habitués du parc, mais aussi, et surtout, protection des racines de l’arbre. Invisibles à nos yeux, elles explorent le sol à l’aplomb de la couronne. Elles se cachent à quelques centimètres seulement sous nos pieds. Leur rôle est essentiel pour puiser l’eau et les nutriments dont l’arbre a besoin. Et aussi, pour ancrer solidement le géant dans la terre. Elles sont puissantes, mais fragiles : elles risquent de s’asphyxier si le sol est trop tassé au-dessus d’elles. Si jamais vous allez au pied de cet arbre, soyez attentif à ne pas piétiner les racines : car la moindre blessure est une porte ouverte aux maladies, champignons ou parasites. C’est la raison pour laquelle le pied des arbres n’est pas toujours accessible dans les parcs.

Un souffle de liberté

Les peupliers existent sur Terre depuis plus de 100 millions d’années. Leur nom vient de l’Antiquité : grecque pour certains historiens, romaine pour d’autres.

En grec ancien « pappalein » veut dire agité ou secoué par le vent. Ce mot reflète bien l’agitation qui habite la couronne de ce grand feuillu. Ses feuilles pendent au bout d’une longue tige (pétiole) qui leur permet de danser dans le vent. Il est le premier arbre à murmurer à la moindre brise : on le reconnaît au son de ses feuilles. En latin, « populus » signifie peuple. Dans la Rome Antique ce mot désignait l’assemblée des hommes libres. Les romains plantaient des peupliers dans les lieux publics où se réunissait la foule. Plus tard, lors de la Révolution américaine, puis lors de la Révolution française, cet arbre a été massivement planté comme symbole de Liberté. Il occupait la 2° place dans le cœur des révolutionnaires français, juste derrière le tilleul.

Mais tandis que le tilleul est encore associé à la Liberté, ce symbole s’est effacé peu à peu pour le peuplier. Sans doute parce que les peupliers témoins de ces époques sont très rares. Ils vivent difficilement au-delà de 250 ans ou 300 ans tandis que les tilleuls eux traversent les millénaires.

Pas aussi dramatique qu’il n’en a l’air

Le peuplier du Canada est un hybride. Il est issu du croisement de deux espèces : le peuplier deltoïdes d’Amérique du Nord, et le peuplier noir d’Europe, indigène chez nous. Chez cet individu c’est d’abord l’écorce qui attire l’attention. Elle permet de reconnaître le peuplier de loin. Avec l’âge, elle tend vers le gris foncé. Et elle se crevasse profondément en vieillissant. Elle rappelle le côté obscur du peuplier noir, arbre souvent associé à Hécale, déesse de la mort.

Pourtant ce peuplier n’est pas si ténébreux que ça. De ses deux parents, il a hérité d’une feuille plutôt triangulaire, un peu arrondie, bien pointue à l’extrémité, et légèrement dentée. Son parent nord-américain lui a légué un feuillage gai, à la couleur changeante sous la brise : vert profond et luisant sur le dessus, vert pâle légèrement argenté et mat sur le dessous. A la fin de l’hiver, ses jeunes rameaux brun jaune égayent les paysages. Ils annoncent déjà le réveil de la Terre. Si l’on s’approche de l’arbre on peut observer comme des petites boules d’ambre : ces petites gouttes de gomme dorée captent la lumière au bout des rameaux. (Dans le cas de cet individu-ci il faut des jumelles car les premières branches sont très haut perchées)

Dans la mythologie grecque, on raconte que ces gouttes sont les larmes des Héliades, filles du Soleil (Hélios). Leur frère Phaetos emprunta un jour le char d’Hélios. Il perdit son contrôle et brûla tout sur son passage. Il fut foudroyé par Zeus et jeté dans l’Eridan (le fleuve Pô). Ses sœurs, qui ne cessaient de pleurer leur frère, furent transformées en peupliers. C’est ainsi que les peupliers « pleurent » des gouttes d’ambres : des larmes dotées d’un pouvoir thérapeutique particulier.

On retrouve cette gomme sur les bourgeons résineux de l’arbre. Les abeilles la récoltent pour produire le propolis. En grec « propolis » signifie enceinte de la ville. Les abeilles s’en servent pour renforcer leurs ruches, renforcer leurs alvéoles. Nous, humains, récoltons ce propolis pour renforcer nos défenses immunitaires.

Dans l’Antiquité, les peupliers étaient déjà appréciés pour leurs nombreuses vertus thérapeutiques reconnues aujourd’hui. Cet arbre est à l’origine de divers remèdes : il élimine l’acide urique, stimule la vessie, soulage les rhumatismes, soigne les brûlures, etc. Son écorce contient un acide, la salicine*, qui est à l’origine de l’aspirine.

La stratégie du pionnier

Les peupliers ont une sexualité particulière. Les sexes de cette espèce sont bien séparés. Pour expliquer cette particularité, on dit que M. et Mme. Peuplier ne vivent pas sous le même toit. Ils ont deux maisons séparées. Et ils se reproduisent à distance.

Au printemps, «Monsieur Peuplier» produit des fleurs rougeâtres qui forment une sorte d’épis que l’on appelle chaton. Elles sont accrochées le long d’une tige qui se balance. Pour que son pollen féconde une fleur femelle, située sur un autre arbre, il lui faut un entremetteur : le vent. Il secoue les chatons qui libèrent leur précieuse semence. «Madame Peuplier» a aussi des chatons mais plus fins et plus souples. Ils sont formés par des petites fleurs vert-jaune pâle. Elles sont fécondées si la brise apporte le pollen des arbres mâles jusqu’à elles. Au mois de mai-juin, Madame Peuplier libère des nuées de graines cotonneuses : elles traversent le paysage, portées par le vent.

C’est ainsi que le peuplier est grand pionnier. A la moindre brise, ses graines (aigrettes) s’envolent : elles sont très légères et couvertes d’un duvet de poils soyeux. Elles colonisent les terres loin de l’arbre. Mais cette colonisation ne fonctionne que si les graines atterrissent rapidement sur un sol nu, humide. Car elles sont fragiles et leur durée de vie est éphémère.

Pour assurer leur descendance, les peupliers se reproduisent aussi spontanément par les racines. Le genre populus s’est beaucoup diversifié naturellement au fil des siècle. Il rassemble près d’une trentaine d’espèces différentes. Comme ses branches, ses racines et ses tiges se bouturent facilement, les hommes ont créé de très nombreux hybrides en croisant différentes espèces. Le peuplier du Canada est un des peupliers hybrides qui s’est largement imposé chez nous, au point de remplacer le peuplier noir un peu partout chez nous.

Si vous passez par-là prenez le temps d’admirer ce géant penché. Profitez de sa présence. Car cette espèce d’arbre a beau être une pionnière, elle est devenue rare en ville : les sols nus et humides ne courent ni les rues, ni les parcs bruxellois. De plus, on ne plante presque plus de peupliers à Bruxelles. Pourtant, ils seraient bien utiles pour assécher certaines zones inondables et marécageuses de la région.

  • La salicine a d’abord été découverte dans l’écorce du saule. Comme lui, le peuplier appartient à la famille des salicées.
Jumelage : Bruxelles (gps 50.826167, 4.371056) © Beltrees
Jumelage : Zottegem (gps 50.870075, 3.774601) © Beltrees
Jumelage : Liège (gps 50.626936, 5.576411) © Beltrees